Phil descendit au terminal St-Lazare. Comme des bretelles d'autoroutes, des chemins en lacets parcouraient l'espace de la gare sur plusieurs niveaux. Des milliers de personnes empruntaient
ses echangeurs parcourus de tapis roulants.
Pour se rendre à son job, Phil prenait l'express pour la province Ouest. Au début du 21ème siècle, le paysage rural français s'était profondemment modifié. Les agriculteurs étaient une
espèce en voie de disparition qui subsistaient de manière artificielle grâce aux aides de l'Organisation. Les suicides se comptaient par milliers. Phil comprenait cela. Son oncle était l'un
d'eux. Se reconvertir après avoir consacrer sa vie au travail de la terre était une epreuve quasi impossible. Si bien que l'Etat continua de les assister dans leur mort à petit
feu.
Dans le train, Phil regardait d'un air amusé la campagne de son époque. Les paysages plats et sillonnés avaient laissé place à des tours de bureau à tir larigot. C'est dans l'une de ses
tours que Phil passait ses journées. Son niveau d'instruction lui avait permis d'obtenir un poste administratif dans une société nucléaire qui faisait la majorité de son chiffre d'affaire en
Afrique. Le bureau de Phil était un cube de feraille orné de fenêtres artificielles. C'était une invention de Brice Taylor, le descendant du célébre ingénieur. Aprés de longues recherches
compliquées, il en vint à la conclusion que la présence d'une fenêtre sur un lieu de travail déconcentrait les employés. Vous savez ce sont ces moments d'égarement pendant lesquels nos yeux
fuient l'écran pour scruter le paysage exterieur. Ce sont les moments où l'on pense à ceux qu'on aime, où notre âme se libère pour respirer. Le professeur disposai donc dans les espaces de
travail des écrans plats qui diffusaient des paysages standardisés et rassurant. La productivité augmentait grâce à des initiatives de ce genre et Taylor s'était vu décerner la légion d'honneur
par l'empreur Niklaus.
Phil était un classe D, intelligence au dessus de la moyenne mais incapable de l'exploiter à fins productives et utiles à la société. A notre époque, fin du 23éme siècle, ce type
d'individu était plus que mal vu. On les enfermait car on les accusait de contaminer de leurs états d'âmes les individus sains et plus simple d'esprit. Comme si le cynisme était une maladie
contagieuse, un voile qui se formerait sur la cornée. Phil jouait donc profil bas et ne la ramènait que très rarement. Il mènait une existence discrête, aux rencontres rares mais toujours
surprenantes.
Pour se rendre au taff, Phil empruntait le métro. Bien qu'il le prenne depuis des temps immémoriaux, l'odeur acre qui stagnait dans les rames, frappait toujours Phil lorsqu'il
pénétrait dans le train. Un mélange de parfum de pouffe, de sueur de golden boys stressés et des relents fétides des sans abris.
Ces derniers temps la dernière mode était de porter des vêtements de la génération précédente. Des petits malins avaient prévu le coup et tout les habits que l'on jétait il a 10 ans
se vendaient maintenant à prix d'or. Par le plus grand des hasards, le style de Phil corespondait tout à fait à la nouvelle tendance. Il n'avait pas eu à faire d'effort car il portait les
habits que son grand frère lui avait légué. En observant les gens autour de lui, son cerveau se mis en activité. Cela devenait étrange de voir les gens tous habillé pareil, comme si les citoyens
se choisissaient eux même un uniforme. Il avait même appris de son medecin, les récentes découvertes menées par le Professeur Van der Bruck de l'université de Pennsylvanie. Notre cher
scientifique avait découvert une zone dans notre cerveau. On l'appela la zone du Mouton, car c'était le centre nerveux de l'instinct grégaire. Celui qui nous fait nous comporter comme le membre
d'un troupeau. C'est le lien invisible qui unit les gens en organisation. Cette zone si importante pour les humain, Phil en était dépourvu, le scanner l'avait demontré. Cela ne l'empêchait pas de
ressentir, de l'empathie pour ses semblables bien au contraire.
Ce handicap comme le dénommait les autorités, favorisait une conception originale du monde. En d'autres termes Phil voyait le monde d'un autre point de vue, pas mieux, pas moins bien mais
juste differement...
Sur le navire, le capitaine hésite. La barre d'une main, les jumelles de l'autre, il scrute l'horizon à la recherche d'un repère. Il fait nuit et la pluie ruisselle le long du mât. "Je dois garder le cap !" marmone-t-il dans sa barbe blanche. En effet, il doit garder le cap qu'il s'était fixé le jour du départ. Ce matin là, il faisait chaud. Des rayons de soleil dansaient sur les vaguelettes. Le bateau évoluait tranquilement et arborait une voile fraichement tissé. Au moment de s'engager dans un long périple, on a toujours plein d'idées en tête. Des images fraîches pleines d'espoirs. Mais au bout de deux semaines, elles commencent à s'effriter pour révéler la dure réallité. Comme si on mettait les pendules à l'heure ou que l'on stabilisait le vaisseau à sa vitesse de croisière. Seulement sur l'océan, on ne peut plus faire marche arrière. Pas assez d'eau. Renoncer et faire naufrage ou perseverer en souffrant vers un ailleur ?
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Le manque de chaleur me stupéfait. Ne pas penser au bien être de son prochain, qui se trouve à deux mètres à peine. Cette froideur mêlée de lacheté. Sans mot, sans regard, il n'existe plus rien. Seulement le désir égoïste de l'un des protagonistes. L'aveuglement iraisonné perdure dans sa tête. Mais on ne peut rien savoir, quand tout et maintenu secret. Est-ce la petitesse qui encourage le repliement ? Le soir en particulier, les âmes s'imbibent d'alcool pour s'effleurer et échanger quelques étincelles. Face à l'autisme, je me tais et écoute le chant de l'autre. J'imite ses déplacements et me fait ombre pour souligner ses mouvements. L'imagination particulière à la communication ne m'a été transmise que partiellement et j'en profite autant qu'il faut. Car c'est tout ce que j'ai pour nourrir mon âme. La vie est une danse, tant pis pour ceux qui ne savent pas danser. proverbe brésilien
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Est-ce vrai que les rousses ont la peau sucré ? En tout cas, elles ont l'air de vraiment savoir ce qu'elles veulent. Elles sont belles, et sont agréables à regarder. On a l'impresion qu'elles n'ont rien à cacher, tout est clair, comme de l'eau de roche. Je pensais pas qu'elles puissent être si dévergondées. En tout cas ça fait plaisir, de les voir pleinement s'exprimer.
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